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Le Justicier du Karma · Extrait

Le Banquet
des Rues

Chapitre 31 · Page 201

Dans les bois en périphérie de Lille-Sud, la Capitaine Carla Ruiz découvre la cinquième victime en quatre semaines. Une mise en scène d'une violence sans précédent. Et une seule certitude : le prédateur se rapproche.

L'air, malgré le début d'après-midi, sentait le froid vif et le terreau humide, une odeur âpre typique des zones boisées en périphérie urbaine. Le soleil filtrait timidement, ses rayons faibles peinant à percer le réseau dense des branches nues. C'était l'ambiance habituelle du Bois d'Achelles, un espace vert, résidu de nature aux portes immédiates de Lille-Sud, où le désordre végétal se mêlait au chaos urbain latent. Mais ce calme précaire était brisé par le balisage rouge et blanc claquant doucement au vent et les quelques uniformes figés de la police technique et scientifique.

La Capitaine Carla Ruiz, vêtue d'un long manteau sombre qui accentuait sa silhouette tendue, arriva sur les lieux, affichant une détermination glacée. À ses côtés, le Sergent Stéphane Moreau, un colosse de près de 2 mètres qui avait l'habitude de patrouiller en « streetwear » — sweat à capuche ample, jeans délavés — pour se fondre dans la masse, était visiblement mal à l'aise dans son uniforme officiel, trop rigide pour sa carrure massive.

La victime était un jeune homme, à peine vingt ans, identifié comme un petit dealer du secteur. Il avait été retrouvé dans un fossé boueux, à l'écart du sentier principal. La scène n'était pas un simple règlement de comptes, mais une mise en scène d'une violence inouïe.

Moreau, dont la carrure impressionnante masquait une sensibilité que seule l'horreur parvenait à percer, s'approcha du fossé, puis recula d'un pas. Son visage d'ordinaire impassible, façonné par des années de terrain, était tordu par un dégoût primal. Il déglutit lourdement, luttant pour maintenir le contrôle.

— Capitaine... c'est une boucherie !

La voix, d'ordinaire profonde, était éraillée par la répulsion. Le corps, à moitié dénudé, portait des marques de liens — des nœuds grossiers, mais noués avec une force et une efficacité terrible. La mutilation était le pire. Le ventre était ouvert d'une ligne maladroite, mais profonde et délibérée, partant du sternum jusqu'au bassin. Le sang, déjà noirci par l'humidité et le froid de la nuit, imbibait la terre. Il manquait des organes.

Ce n'était pas la signature propre et clinique d'un chirurgien. C'était une violence crue, l'œuvre d'une main qui ne cherchait ni la finesse ni le secret, mais l'efficacité brutale d'une découpe primitive. Autour de la plaie, les bords étaient dentelés, presque déchirés.

Carla Ruiz s'accroupit sans ciller, ignorant la boue et le froid qui s'infiltrait. Ses yeux verts, sombres et perçants, balayaient chaque détail du terrain. Elle sentit monter en elle non pas la nausée, mais une rage froide. Cette violence n'était pas gratuite, elle était calculée. C'était la cinquième victime en quatre semaines à disparaître dans ces conditions. Le prédateur devenait plus audacieux, se rapprochant de la ville.

— Ne touchez à rien. Appelez Delgado. J'ai besoin qu'elle vienne sur place. Maintenant.

Elle se releva, serrant les poings. L'Ordre n'avait pas de nom pour ce genre de folie.

✦ · · · ✦

La Docteur Fanny Delgado, légiste à l'IML de Lille, arriva. Brune, toute menue, les cheveux mi-longs, elle dégageait un tempérament de feu qui tranchait avec la froideur clinique de son métier. Elle s'agenouilla près du corps sans ciller, le professionnalisme masquant toute émotion. Elle se redressa, retirant ses gants souillés.

— C'est le cinquième en quatre semaines. Et regardez les entailles. C'est fait avec un couteau de chasse massif, pas un scalpel. Les incisions sont sauvages, pas nettes. La greffe des organes est impossible. Les organes prélevés ne sont pas viables pour un trafic.

Ruiz sentit un froid lui monter le long de la colonne vertébrale.

— Alors, Fanny, qu'est-ce que c'est ?
— C'est rituel. Ce n'est pas un vol. C'est une récolte. La découpe est celle d'un boucher.
✦ · · · ✦

Le lendemain, la Capitaine Ruiz et le Sergent Moreau rendirent visite à Fanny Delgado à l'IML. L'endroit, toujours glacial et d'une propreté immaculée, ne parvenait jamais à masquer l'odeur persistante de la mort et des produits chimiques, un mélange que seuls les professionnels pouvaient ignorer.

Fanny, derrière son bureau encombré de rapports d'autopsie et de clichés, était le contrepoint parfait de Moreau. Lui, un bloc de muscle et de silence. Elle, une brindille d'énergie intellectuelle. Leur collaboration, fréquente, avait tissé une intimité professionnelle tendue, faite de respect et de curiosité mutuelle.

— La coupe est nette sur la ceinture abdominale, Capitaine, pointa Delgado sur les clichés. C'est un homme qui sait manier une lame dans un but précis, mais il ne cherche pas la finesse. Il veut la quantité brute.

Moreau, debout et visiblement tendu, essayait de ne pas fixer les photos. Il reporta son regard sur Fanny. Ses yeux clairs s'attardèrent sur sa concentration, sa façon de mordre sa lèvre. Il y avait dans son dévouement à la mort une vitalité qui le fascinait.

— Les cinq étaient des dealers. Le tueur a un motif de purification, analysa Stéphane Moreau, sa voix profonde se faisant douce.

Fanny lui sourit, reconnaissant son regard perçant au-delà de sa carrure. Ce regard, ce petit sourire, frappa Moreau comme un coup de poing.

Ruiz quitta l'IML. L'échec du système était patent. Un prédateur comme ce tueur pouvait opérer sans crainte d'une vengeance organisée. La police était impuissante face à cette terreur sans tête.

Elle savait où trouver le seul homme capable de naviguer dans cette obscurité. Elle se rendit au pavillon discret de Léandre à Lille-Sud.

— J'ai un tueur en série à Lille-Sud. Il cible les dealers et il enlève leurs organes. C'est un prédateur. On a besoin de quelqu'un qui parle la rue et qui ne respecte pas les règles.

Léandre acquiesça, les jointures éraflées par la dernière intervention cybernétique. Le Justicier, à peine remis, se remettait en marche.

La suite vous attend

331 pages.
Un seul souffle.

Qui est le prédateur ? Comment Léandre va-t-il l'affronter ? La suite du chapitre 31 — et les 30 chapitres qui précèdent — n'attendent que vous.

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